Je suis du genre bon public en général. Ce billet, c'est la première critique plutôt négative du blog. Espérons que ça ne se reproduira pas.
Ayant appris, vers septembre 2008, l'adaptation d'un "célèbre roman graphique", je décidais de me lancer dans sa lecture sur-le-champ, histoire de ne pas être à la masse comme souvent. J'y découvrais une histoire complexe, sous-tendue par les personnalités ambigües de ses personnages. J'y découvrais surtout une fin cruelle, noire, froide et ironique, comme une blague du Comédien.
Alors quid de l'adaptation de Zack Snyder (300, Dawn of the Dead) ? Plutôt que de balancer une critique à rallonge, je vais procéder par points...
Les bons points :
* C'est du Zack Snyder. Mine de rien, la mise en scène a parfois du cachet. On joue sur le ralenti, on filme les bastons sans cut, en un plan ; la photo, le traitement de la couleur dégagent un max. Par moment on croit voir une touche de Fincher ou d'Aronofsky. Parfait, ou presque (les séquences sur Mars n'auraient pas volé un peu de réalisme en plus).
* L'histoire est globalement respectée : la narration par épisodes (le comic en comptait douze) est suivie à la lettre, les avancées de l'intrigue nous recentrant tour à tour sur chacun des personnages, permettant, par le biais de flash-backs, d'en apprendre plus sur eux. Une narration lente mais efficace qui a servi le comic, et sert le film de même.
* L'émotion. Le film a le mérite de s'investir pleinement dans les personnages principaux (sauf le Dr Manhattan, dont la distance et la froideur ne sont pas assez justifiées, alors qu'elles sont compréhensibles dans le comic). Du coup, le film parvient à arracher une larme à la fin. Mention spéciale à Rorcharch, interprété par Jackie Earle Haley.
Les mauvais points :
* Snyder, tout comme la tripotée de scénaristes qui se sont succédés sur le script, n'ont pas eu la mesure de leur ambition. Le monde alternatif dépeint dans le comic est diablement profond, grâce notamment aux discussions des personnages et aux annexes des différents numéros (des dossiers, des extraits de livres, des coupures de journaux). Snyder tente de le retranscrire sans ennuyer le spectateur, par le biais d'informations télévisées, mais le monde qu'il décrit perd beaucoup de sa profondeur. Le film occulte une bonne partie de l'histoire des Minute Men, qui dans le comic insérait vraiment l'idée de deux générations de héros séparés par un contexte politique différent. Ainsi, Watchmen ne peut accomplir ce qu'a réalisé The Dark Knight, en étudiant à la loupe la nature profonde et les motivations des vigilantes qu'il met en scène. Le film perd une partie de l'âme du comic, par son incapacité à la traduire complètement.
* La fin : 1/ On en a modifié légèrement les tenants et les aboutissants. De ce fait, même si elle correspond plus à l'univers plus pauvre du film, elle porte atteinte au point de vue qu'on peut se faire de l'un des personnages centraux.
2/ Dans le comic, le grand méchant de service se permettait de révéler l'intégralité de son plan aux gentils venus l'arrêter. Mais loin de paraître cliché, cet aspect était entièrement justifié par le coup de théâtre final. Ici, la discussion est nettement plus courte, et sans cesse interrompue par quelques coups de pieds et autres prises sans effet sur ledit grand méchant. La révélation théâtrale du grand méchant se transforme ici en un ridicule ersatz de Street Fighter. Le seul moment ou j'ai eu un frisson.
3/ Ayant occulté les personnages secondaires, le film oublie ce qui a fait la force du comic : le point de vue du vendeur de journaux et du jeune homme qui lit les comics sans les acheter. Ces deux-là permettaient de s'identifier à la foule qui fera les frais de la progression de l'histoire. Ils emmenaient le lecteur avec eux, lui communiquant leur peur de la guerre nucléaire et de l'apocalypse à venir. Le film, réduisant les citoyens (honnêtes ou non) à de simples ombres, essaie de convaincre le spectateur directement en l'assénant de flash-infos apocalyptiques, mais la sauce ne prend pas. Ainsi, on se sent moins concerné par la fin, aussi glaciale soit-elle.
En résumé, Watchmen n'est pas une déception, loin de là. Surtout si on a pas ouvert le comic (ce qui, en temps normal, aurait été mon cas). Mais lorsqu'on a lu le roman graphique, on a des chances de ressortir de la salle avec un "mauvais goût dans la bouche" comme dirait Rorcharch. Pas un échec, certes, mais un film qui aurait mérité des approfondissement au point de vue narratif.
Maintenant, il reste encore une chance de corriger le tir. Voilà ce qu'on pouvait lire dans 20 minutes aujourd'hui :
[Zack Snyder] : "Le film complet durait quatre heures. Il manque des séquences, tournées et même finalisées, qu'il sera possible de découvrir sur le DVD. Il est probable aussi que Watchmen ressorte en salles, cet été, dans sa version longue." (propos recueillis par C.V.)
Alors quid de l'adaptation de Zack Snyder (300, Dawn of the Dead) ? Plutôt que de balancer une critique à rallonge, je vais procéder par points...
Les bons points :
* C'est du Zack Snyder. Mine de rien, la mise en scène a parfois du cachet. On joue sur le ralenti, on filme les bastons sans cut, en un plan ; la photo, le traitement de la couleur dégagent un max. Par moment on croit voir une touche de Fincher ou d'Aronofsky. Parfait, ou presque (les séquences sur Mars n'auraient pas volé un peu de réalisme en plus).
* L'histoire est globalement respectée : la narration par épisodes (le comic en comptait douze) est suivie à la lettre, les avancées de l'intrigue nous recentrant tour à tour sur chacun des personnages, permettant, par le biais de flash-backs, d'en apprendre plus sur eux. Une narration lente mais efficace qui a servi le comic, et sert le film de même.
* L'émotion. Le film a le mérite de s'investir pleinement dans les personnages principaux (sauf le Dr Manhattan, dont la distance et la froideur ne sont pas assez justifiées, alors qu'elles sont compréhensibles dans le comic). Du coup, le film parvient à arracher une larme à la fin. Mention spéciale à Rorcharch, interprété par Jackie Earle Haley.
Les mauvais points :
* Snyder, tout comme la tripotée de scénaristes qui se sont succédés sur le script, n'ont pas eu la mesure de leur ambition. Le monde alternatif dépeint dans le comic est diablement profond, grâce notamment aux discussions des personnages et aux annexes des différents numéros (des dossiers, des extraits de livres, des coupures de journaux). Snyder tente de le retranscrire sans ennuyer le spectateur, par le biais d'informations télévisées, mais le monde qu'il décrit perd beaucoup de sa profondeur. Le film occulte une bonne partie de l'histoire des Minute Men, qui dans le comic insérait vraiment l'idée de deux générations de héros séparés par un contexte politique différent. Ainsi, Watchmen ne peut accomplir ce qu'a réalisé The Dark Knight, en étudiant à la loupe la nature profonde et les motivations des vigilantes qu'il met en scène. Le film perd une partie de l'âme du comic, par son incapacité à la traduire complètement.
* La fin : 1/ On en a modifié légèrement les tenants et les aboutissants. De ce fait, même si elle correspond plus à l'univers plus pauvre du film, elle porte atteinte au point de vue qu'on peut se faire de l'un des personnages centraux.
2/ Dans le comic, le grand méchant de service se permettait de révéler l'intégralité de son plan aux gentils venus l'arrêter. Mais loin de paraître cliché, cet aspect était entièrement justifié par le coup de théâtre final. Ici, la discussion est nettement plus courte, et sans cesse interrompue par quelques coups de pieds et autres prises sans effet sur ledit grand méchant. La révélation théâtrale du grand méchant se transforme ici en un ridicule ersatz de Street Fighter. Le seul moment ou j'ai eu un frisson.
3/ Ayant occulté les personnages secondaires, le film oublie ce qui a fait la force du comic : le point de vue du vendeur de journaux et du jeune homme qui lit les comics sans les acheter. Ces deux-là permettaient de s'identifier à la foule qui fera les frais de la progression de l'histoire. Ils emmenaient le lecteur avec eux, lui communiquant leur peur de la guerre nucléaire et de l'apocalypse à venir. Le film, réduisant les citoyens (honnêtes ou non) à de simples ombres, essaie de convaincre le spectateur directement en l'assénant de flash-infos apocalyptiques, mais la sauce ne prend pas. Ainsi, on se sent moins concerné par la fin, aussi glaciale soit-elle.
En résumé, Watchmen n'est pas une déception, loin de là. Surtout si on a pas ouvert le comic (ce qui, en temps normal, aurait été mon cas). Mais lorsqu'on a lu le roman graphique, on a des chances de ressortir de la salle avec un "mauvais goût dans la bouche" comme dirait Rorcharch. Pas un échec, certes, mais un film qui aurait mérité des approfondissement au point de vue narratif.
Maintenant, il reste encore une chance de corriger le tir. Voilà ce qu'on pouvait lire dans 20 minutes aujourd'hui :
[Zack Snyder] : "Le film complet durait quatre heures. Il manque des séquences, tournées et même finalisées, qu'il sera possible de découvrir sur le DVD. Il est probable aussi que Watchmen ressorte en salles, cet été, dans sa version longue." (propos recueillis par C.V.)
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bah j'attend la version longue sans l'ombre d'une ombre !
RépondreSupprimerVa falloir surtout attendre la sortie Dvd. Parce qu'en France, on est un peu à la masse sur ce genre de truc.
RépondreSupprimerCela dit, je n'ai pas lu le "roman graphique" mais j'irai bien volontiers le voir.
roman graphique... ah oué c'est un comic quoi --' ...
RépondreSupprimeroué ^^ ils le qualifient de roman graphique car son histoire est définie dès le début, en douze épisodes. Après, je ne m'y connais guère mais, pour un comic des années 80, mis à part le talent du dessinateur, je ne vois guère ce qui lui a valu cette qualification particulière...
RépondreSupprimerbah c'est un terme générique pour faire genre/style c'est pas tout à fait un comics. Les Sin City et autres Hellboy (ou le superbe batman the dark knight de Frank Miller) sont aussi appelé graphic novel. Peut être c'est du au mode de publication en livre plutôt qu'en magazine ? mais là je suis pas assez expert !
RépondreSupprimerhttp://fr.wikipedia.org/wiki/Roman_graphique
RépondreSupprimerRoman graphique désigne une bande dessinée généralement dite pour adulte racontant une histoire détaillée et complexe se situant entre le roman et la bande dessinée industrielle. Ce terme n'est cependant pas uniformément utilisé par les différentes maisons d'édition.
dit wikipedia !
Sans toi PowerMugen, nous croulerions sous l'ignorance... Tes précisions sont un rayon de lumière dans la nuit sombre et brumeuse...
RépondreSupprimerhé wikipedia est mon ami ;)
RépondreSupprimermoqueur